Mozart le Genie

Un génie audacieux et diversifié

Toute la journée j’étais plongé dans les œuvres de Mozart. Un régal ! Un grand merci  à Didier Pillon producteur et réalisateur des programmes radiophoniques de Radio France Mayenne pour cette belle redécouverte.

La flute enchantée le pourquoi ?

Lecture maçonnique

Avant toute chose, analysons pourquoi la flûte est magique. Parce que cet instrument est symbole d’air, fabriquée sous l’averse (symbole d’eau) au bruit du tonnerre (symbole de la terre) et à la lueur des éclairs (symbole du feu). C’est parce que la flûte réunit les quatre éléments primordiaux en elle, qu’elle est magique.

La hiérarchie des rôles principaux est faite de dualités :

  1. Soleil – Lune
    • Sarastro est symbole statique de l’homme, du bien, il ne connaît pas la passion. Il garde le domaine de l’Esprit en ayant succédé au père de Pamina qui en était le Maître. Il est symbolisé par le Soleil. Il est inspiré du personnage de Zoroastre.
    • La Reine de la Nuit est le symbole du mal, de la révolte de la femme contre la suprématie de l’homme. Elle est symbolisée par la Lune.
  2. Feu – Eau
    • Tamino est destiné à former le couple dans la plus haute acception du terme grâce à l’amour lui faisant surmonter les épreuves de l’initiation. Il est symbolisé par le feu et joue de la flûte magique.
    • Pamina qui est la complémentaire de Tamino en étant le moteur de leur initiation commune. Elle change de monde en passant du règne de la nuit à celui du Soleil par l’amour et par l’initiation. Elle est symbolisée par l’eau.
  3. Air – Terre
    • Papageno, figure l’humanité ordinaire pleine de bonne volonté mais sans courage et sans intelligence et est donc indigne d’être initié. Il est au service de la Reine de la Nuit mais son voyage avec Tamino lui permet de passer dans le règne du jour. Il est symbolisé par l’air. Son nom et celui de Papagena sont basés sur le mot allemand Papagei qui signifie « perroquet ». C’est pour cette raison que leur costume est couvert de plumes multicolores.
    • Monostatos le Maure est le seul homme du Royaume de la Nuit après sa trahison (il fait le chemin inverse de Papageno). Sa noirceur de Maure est liée à son état civil traditionnel des gardiens d’esclaves. Elle évoque aussi l’obscurité de la Terre qu’il symbolise.

Si on fait abstraction des étiquettes (nuit, lumières, etc.), la trame apparaît complexe, mêlant des éléments classiques et d’autres plus originaux. On y voit notamment :

  • une puissance (la reine) qui demande l’aide de quelqu’un qui n’est encore rien qu’un potentiel, à qui elle donne les instruments du succès ; elle finit par se faire remplacer par ce pion devenu prince victorieux ;
  • un homme (le prince) qui échappe à sa condition de serviteur en conquérant pour son propre compte ce qu’il avait pour mission de reprendre, et en exploitant intelligemment une idéologie à laquelle il se soumet en apparence (l’histoire ne dit pas s’il le fait réellement)
  • un homme (le prince) et sa promise qui traversent victorieusement des épreuves initiatiques, apprennent à se maîtriser (cacher ses sentiments, etc.) et ce faisant conquièrent le monde (l’amour, le trône) ; un autre homme (le serviteur) et sa promise qui agissent tout aussi naïvement et se font conquérir.
  • un penseur, philosophe, qui à la fois manipule le chevalier pour faire triompher la Lumière et la Sagesse, et ce faisant surtout, donner la légitimité pour que le monde retourne à l’équilibre (comme du temps où le père de Pamina et mari de la Reine de la Nuit régnait avant Sarastro)
  • une révolution tout est changé : au début de la Flûte, tout est chaos et lutte entre la Reine de la Nuit et Sarastro. Par la double initiation de Tamino et Pamina, le couple atteindra à la Sagesse, la Force et la Beauté et fera régner la Paix, la Joie et l’Amour parmi les hommes et les femmes.

Les thèmes abordés dans cet opéra sont pour beaucoup empruntés au rituel d’initiation de la Franc-Maçonnerie dont Mozart et le librettiste Emmanuel Schikaneder faisaient partie bien que pour Schikaneder, celui-ci en fut chassé, n’ayant jamais dépassé le grade de compagnon. Le parcours initiatique de Tamino et Pamina (voués au Dieu Min) dans le Temple de Sarastro est inspiré des cérémonies d’initiation maçonnique au sein d’une loge.

Dans son ouvrage La Flûte enchantée, opéra maçonnique (éditions Robert Lafont, épuisé), le musicologue Jacques Chailley explore les riches allusions musicales aux symboles maçonniques. Rien que dans les premières notes de l’ouverture, on reconnaît le rythme 5 ( – /- – / – – ) symbolisant les femmes puis se succèdent trois accords, chacun répété trois fois, dans une tonalité en mi bémol majeur comportant trois bémols à la clef. On peut y voir une allusion au nombre de l’Apprenti, symbolisant l’harmonie de la trinité Osiris, Isis et Horus assurant l’unité et l’équilibre du monde.

Mozart, franc-maçon dévoué à l’initiation, décide d’écrire une œuvre retraçant les Grands Mystères et célébrant enfin les Noces Alchimiques annoncées dans les Opéras initiatiques que sont Les Noces de Figaro, Don Juan et Cosi Fan Tutte. Le compositeur rêve de ressusciter l’initiation égyptienne perdue et si importante à ses yeux pour la paix du Monde. Il veut redonner la place aux Femmes, oubliées et pourtant au centre des croyances initiatiques. Certains observateurs estiment que le génie de Mozart s’exprime pleinement dans cet opéra qui atteint une perfection inégalée auparavant parce qu’il transporte l’auditeur au sein d’un rituel initiatique.

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Le livret des Noces de Figaro pour la création à Prague, en 1786

Impossible de définir Mozart par un genre précis. Opéra, symphonie, concerto, musique de chambre, musique sacrée… Mozart est un touche-à-tout qui s’approprie chaque genre, chaque forme, chaque instrument pour mieux le réinventer. Si les traits principaux du style classique sont bien présents dans ses œuvres (clarté de la structure et de ses articulations, équilibre de la formation, harmonie simple), si son don inné pour la mélodie est une évidence, Mozart en joue pour mieux faire ressortir tel motif, telle dissonance, surprendre par des audaces peu prisées de ses contemporains : quelques œuvres à l’époque confidentielles en portent la marque (comme la fantaisie en ut mineur KV 475 ou le quatuor « Dissonance » KV 465, dont l’introduction justifie le nom).

Mozart n’était pas pour autant un révolutionnaire, et il est l’auteur d’une abondante production de divertimentos, menuets et airs très conformes aux conventions de l’époque, sans jamais se laisser enfermer dans un registre. Lorsqu’il compose ses opéras, c’est toujours avec une alternance entre opera buffa (les Noces de Figaro, Così fan tutte…) et opera seria (Idomeneo, Don Giovanni…). Et son dernier opéra rompt avec chacun de ces deux styles puisqu’il s’agit d’un Singspiel, une opérette allemande chargée de symbolisme et, à vrai dire, inclassable : la Flûte enchantée.

Cultivé, curieux, toujours à l’écoute des inventions musicales ou artistiques de son époque, Mozart a su jusqu’au bout faire évoluer son style au gré des découvertes, et l’on sent facilement l’influence débutante du Sturm und Drang allemand dans les dernières années mozartiennes (et pas seulement dans Don Giovanni ou dans le Requiem). Le propre du génie mozartien est là : avoir su s’inspirer de ses contemporains sans jamais suivre d’autre modèle que le sien propre.

La force et la grâce, la puissance et l’émotion, le pathétique, l’humour, l’élégance la plus exquise se sont réunis dans son œuvre pour faire de Mozart l’artiste en son genre le plus accompli peut-être qui ait jamais existé.

Mozart a produit à profusion, il n’était pas prévisible. Son génie surprenant cherchait sans fin la rupture de l’existant, il ne s’enfermait jamais dans un registre, et son travail était sans relâche. Observateur curieux et étant très cultivé, il était toujours à l’écoute, pour évoluer et d’innover son art sans cesse.

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